Ci-dessous, la lettre que mon producteur a énvoyé à l'unité musique d'Arte... Wait and see!
Madame E.L.
Responsable Musiques
Unité Spectacles
Arte France Neuilly le 7 février 2006
F. 92785 Issy-les-Moulineaux
Chère E.,
Longtemps, très longtemps que je ne vous ai proposé un programme. Celui-ci est suffisamment exceptionnel pour briser le silence.
Fin des années 60, début des années 70, de nombreux mouvements de diverses origines, politiques, sociales, philosophiques à tendance subversive ont rompu avec leur passé. L’esthétique artistique, plastique (le mouvement Fluxus entre autre), chorégraphique (début de la danse dite contemporaine), musique (la rupture avec le post classique s’affirme) et le Rock n’Roll ont prit de nombreuses routes plus aventureuses les unes que les autres.
On découvrit le punk, le space rock, le rock progressiste, le hard rock, la pop, la lolly pop, le funk, la soul, le métal rock…. . Tous ces mouvements étaient aussi liés à des résistances marketing de l’Angleterre contre les USA ou le Canada, les pays non anglo-saxons imposaient leurs vedettes dans le style correspondant à chaque identité nationale (en France le Rock à texte).
Parallèlement s’inscrit en Allemagne un mouvement que personne, réellement personne, n’avait imaginé ou même tenté à titre expérimental : le Kraut Rock tel qu’il fut nommé très rapidement par les critiques anglais.
Le groupe vedette : Kraftwerk, son challenger : Can, mais aussi Tangerine Dream qui fit de nombreuses musiques de longs-métrage à Hollywood et de nombreux autres formations.
Aujourd’hui c’est tout un arbre généalogique qui continue à irriguer la culture allemande.
Ce mouvement a non seulement envahi l’Europe, mais les USA et même le Japon furent submergés par cette musique à fort potentiel « technologique ».
Au départ tous étaient allemands et puis le mouvement s’est étendu, d’autres nationalités s’y sont greffés, donnant un sens nouveau au qualificatif Kraut Rock.
Les partitions étaient inspirées par l’électronique de ce nouvel univers cybernétique, les costumes étaient créés comme nous imaginions le futur (proche du style de la NASA), la scénographie état aussi proche de l’idée que nous nous faisions d’une Société totalement déshumanisée.
Ce mouvement perdure et vit d’ailleurs très bien. Il a rejoint pour partie notre questionnement sur cette grande rupture anthropomorphique et technologique que nous traversons.
Le fait que cette musique soit totalement d’origine allemande ne peut être une surprise. Il faut pour cela revisiter l’Allemagne des années 70 où la grande suprématie technologique
allemande était évidente. Là aussi, une nouvelle esthétique se crée et réaffirme une identité germanique forte (à tendance décadente) qui critique violemment le silence culturel de l’Allemagne post trauma. .
Voila pour une brève histoire.
Un jeune réalisateur talentueux, mais surtout immense passionné de cette musique, dont il suit toutes les évolutions depuis des années, nous propose, une immersion dans ce monde musical : Julien Perrin.
Il collectionne, amasse mais a aussi rencontré, interviewé et filmé de nombreux participants à ce mouvement musical. Et pas des moindres : Dieter Moebius (ancien collaborateur de Brian Eno), Michaël Rother (ex Kraftwerk), Damo Suzuki (chanteur de Can), Conrad Schnitzler (créateur de Tangerine Dream) et un sociologue spécialiste de ce mouvement : Wolfgang Seidel. Ces archives personnelles ont été filmées dans d’excellentes conditions techniques par l’auteur et son équipe.
De nombreuses archives existent dans de nombreux pays, non seulement sur ces musiciens mais également sur l’engouement, l’esthétique et la scénographie de cet univers musical.
Le tournage doit avoir lieu en :
France (4 jour pour voir Pascal Bussy, Gabriel Ibos et Assaad Debs), en Allemagne (une dizaine de jours, les groupes bien sur et un entretien avec Werner Herzog), en Angleterre (4 jours, The Freeman Brothers, Brian Eno et …..peut être David Bowie), au Japon (4 jours afin de voir Ruychi Sakamoto et Gen Fujita).
L’équipe technique de Julien Perrin est de très haut niveau (cadreur de Werner Herzog) et une assistante de réalisation totalement germanophone.
Ce film a pour ambition de créer des connections entre cette époque non révolue et les nouvelles générations musicales (dont la musique techno, le post-rock et même le rap sont les enfants bâtards, avec des artistes tels que Grand Master Flash, Laurent Garnier Radiohead ou Sonic Youth).
Une coproduction avec l’Allemagne est prévue.
Puis je suggérer que nous nous rencontrions avec Julien Perrin et que nous parlions du film qu’il a réellement en tête ?
Pour accompagner la lecture de ce projet 2 CD ‘s ont été mis à la fin du dossier.
Bonne lecture, bonne écoute.
J’espère, E., que ce projet qui ne peut pas être plus franco-allemand que cela, vous convaincra.
Cordialement.
Le producteur