jeudi, septembre 14, 2006

Le Krautrock n'est pas mort pour Chronic'art

Le journaliste Eva Revox (www.fiascosystem.com) publie ce mois ci dans le magazine branché Chronic'art un article sur le renouveau de la choucroute musicale dans le paysage musical français notamment. En faisant la connexion ente les papys teutons d'hier et les p'tits jeunots tendances d'aujourd'hui, il montre parfaitement l'intérêt croissant du public pour ce genre de musique et surtout ce type d'attitude (musicale, scénique, commerciale.)

Ci desous, l'article juste avant les dernières modifications.

KRAUT’S NOT DEAD!

Assaisonnée a toutes les sauces, la kosmische musik des années 70 déchaîne à nouveau les passions. Effet de mode passager ou authentique renaissance? Rappel des faits pour remettre les pendules a l’heure…

Lorsque les sixties touchent à leur fin, la plupart des groupes européens se contentent de cloner les icônes de la beat music sans grande imagination. Face a cet impérialisme pop anglo-saxon teinté de lymphatisme hippie, l’Allemagne contre-attaque et génère une nouvelle vague musicale, inspirée aussi bien par les gourous de l’avant-garde (Stockhausen, Terry Riley, Steve Reich, Sun Ra, Fluxus…) que par la frange la plus excentrique du rock (Monks, Zappa, Velvet, Hendrix, Pink Floyd…). Le Krautrock, littéralement rock-choucroute, était né.

En 1969, cette scène marginale se cristallise autour du Zodiak Club, un ancien café-theâtre situé dans une cave de Berlin-ouest où les flippers côtoient les synthétiseurs analogiques. Même si Dusseldorf, Hambourg ou Munich ne sont pas en reste, ce club underground devient un lieu de passage obligé pour l’avant-garde et son parterre de branleurs illuminés. Des groupes comme Ash Ra Tempel, Amon Düül ou Agitation Free y font leur première apparition scénique, sous l’œil avisé de ses fondateurs Hans Joachim Roedelius, Boris Schaak et Conrad Schnitzler. Ce dernier suit alors l’enseignement de l’artiste Joseph Beuys (‘tout homme est artiste’ ) et fomente ses premiers putsch électroniques avec Roedelius sous le nom de Kluster, avant de rejoindre sa suzeraineté psychédélique Tangerine Dream. Plus enclin à la mélodie, Roedelius poursuit l’odyssée Cluster en duo avec Moebius, et aboutit avec l’album ‘Zuckerzeit’ à la symbiose parfaite entre mignardise pastorale et blues machinique.
Elaborées notamment à l’aide de synthétiseurs analogiques poussés jusque dans leurs retranchements, ces expériences sonores nichées dans les interstices de la pop se heurtent pourtant a la perplexité des médias dominants et décontenance le grand public, allergique à une telle radicalité. « Le nouvel idéalisme berlinois rejetait la mesquinerie capitaliste qui engraissait la majorité des groupes américains et anglais », dixit Julian Cope dans son petit guide d’initiation a la grande kosmische musik. « Les musiciens se contentaient de presque rien pour vivre, puisque c’était la seule facon de pouvoir jouer sans avoir des flics sur le dos ».
Cette musique entêtante, profondement ancrée dans l’histoire du bloc allemand, allait engendrer contre toute attente une véritable révolution sonore.

Plusieurs tendances se dessinent au fil des années : bruitiste et austère (Kluster, Faust, Asmus Tietchens, Conrad Schnitzler), répétitive et hypnotique (Kraftwerk, Can, Cluster, Neu!, La Dusseldorf), ambiante et contemplative (Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Popol Vuh, Harmonia) ou acide et psychédélique (Amon Düül I & II, Cosmic Jokers, Embryo, Brainticket, Agitation Free, Guru Guru). Le point commun entre tous ces groupes n’est pas tant le style (somme toute indéfinissable) que l’intention. Au delà des préoccupations strictement musicales, ces communautés nomades développent un projet de vie ancré dans un humanisme profond et une conscience artistique de haute volée, laissant place aux fantasmes d’un monde séculaire, d’un Eldorado atteignable par le pouvoir de l’imagination.
Car ce trip cosmique est aussi une manière d’exorciser les affres de la guerre et la lourde hérédité de l’holocauste. Profondément marqué par le bruit des bombardements percu dans son enfance, Conrad Schnitzler n’aura de cesse d’explorer cette part d’inconscient refoulé à travers une discographie pléthorique, dont l’hermétisme posera les bases de la musique industrielle. Roedelius connaît lui aussi les vicissitudes de l’après-guerre. Désertant l’armée, il fait plusieurs années de prison avant de se réfugier en RFA où il enchaîne toutes sortes de jobs. Cela ne l’empêchera pas de jalonner sa route de joyaux électroniques, s’adjoignant ponctuellement la complicité de Brian Eno. La musique a beau être apaisée, elle n’a rien de baba-cool pour autant.
« Si leurs idées libertaires pouvaient les rapprocher des mouvements hippies américains, il ne faut surtout pas les confondre malgré leurs cheveux longs et leurs combis Volkswagen ! » soutient Julien Perrin, auteur d’un documentaire sur le krautrock, en quête de diffuseur depuis qu’Arte lui a coupé l’herbe sous le pied. « Pour eux, chacun doit prendre ses responsabilités, accepter ou non d’adhérer à la musique, faire un choix. L’esprit Woodstock est très loin… »
Dans son délire païen, Le Krautrock annonce surtout la déferlante punk, à coup d’agit-prop poétique à mi-chemin entre la doctrine situationniste et l’art conceptuel. Avec une ironie latente, cette musique ensorcelante entend bien donner un grand coup de pied dans la fourmillière capitaliste.
La prospérité économique et l’industrialisation galopante de l’Europe se répercute dans la musique de Neu ! ou de Kraftwerk, qui signe avec « Autobahn » le premier tube krautrock international, en 1974. Cette Motorik Musik, comme on la définit alors, sonne le glas du rock a papa (mort au solo de guitare !) pour se focaliser sur des structures répétitives basées sur des rythmiques tourbillonnantes, anticipant la techno et ses avatars jusque dans la culture de l’anonymat, à laquelle The Residents, Underground Resistance ou Daft Punk doivent un pesant de saucisses Herta.

Dans les années 90, impossible d’y couper; avec l’avènement du homecomputer, c’est au tour de la péninsule electronica/post-rock de revendiquer sa choucroutophilie. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais voilà que déboule une nouvelle armada de groupes shootés aux synthés vintage, victimes du syndrome rétrofuturiste, y compris dans le graphisme ultra-chiadé des pochettes : Turzi, Fujiya & Miyagi et The Orichalc Phase courent après les fantômes de Neu! et La Dusseldorf, au point de friser le plagiat; Delia Gonzales & Gavin Russom, à l’instar du duo parisien Zombie, naviguent entre Goblin et Klaus Schulze; The Black Neon et Orval Carlos Sibelius s’emparent des envolées aériennes de Cluster et d’Harmonia. Le tableau ne serait pas complet sans les possédés de Sunburned Hand of the Man, le synthetic protest band Excepter ou le collectif free-folk No Neck Blues Band qui se targue d’un album improvisé avec les vétérans Embryo.
Par ailleurs, la mode des edits – variantes préhistoriques des remixes - a conquis les activistes du Dirty Sound System qui ont dernièrement édité en quantité limitée des classiques de Can et Amon Düül, remis au goût du jour par le dj-producteur Pilooski.
Ce revival ne doit pas pour autant faire oublier qu’en dépit d’une notoriété restreinte, la plupart des artistes phares du Krautrock poursuivent leur carrière à l’ombre du tapage médiatique, mais avec une indékrautable pugnacité et une charge subversive intacte. Le label indépendant Grönland vient ainsi d’éditer un indispensable coffret retracant le parcours de Hans-Joachim Roedelius; Rother et Moebius sortent chacun un nouvel album; Faust enchaîne les concerts tandis que son leader, l’expatrié Jean-Hervé Péron, rassemble ses ouailles dans un festival crânement baptisé Avantgarde. Qui oserait encore prétendre que le Krautrock est un vestige du passé? Plus de trente ans plus tard, la Motorik Musik continue de retentir dans les clubs caverneux et ses modulations sans fin agissent toujours comme un sérum de vérité.

DISCOGRAPHIE SELECTIVE

Roedelius – Works 1968-2005 (Gronland)
Moebius – Nurton (Scratch)
Michael Rother – Remember (the great adventure) (Random Records)
The Black Neon - Arts & Crafts (Memphis Industries – Cooperative Music)
Fujiya & Miyagi – Transparent Things (Tirk)
The Orichalc Phase – Respond in Silence EP (DC Recordings)
Turzi – Made Under Authority (Record Makers)
Zombie – s/t (Versatile)
Orval Carlos Sibelius – s/t (Clapping Music)
EmbryoNNCK – s/t (Staubgold)
Excepter – Alternation (5rc)
Delia Gonzalez & Gavin Russom – The Days of Mars (DFA)

Dirty Edits
http://www.d-i-r-t-y.com/edits.html

mardi, septembre 12, 2006

Photogrammes Faust live

En attendant que le montage soit finalisé, voici quelques clichés du concert de Lyon.