vendredi, avril 27, 2007

Neu! 75 par les inrocks

















Moins roublard que Kraftwerk, plus radical encore que Can, Neu ! est demeuré cloisonné dans l’entresol d’une marginalité sans concession qui passe aujourd’hui pour exemplaire – et pourrait donc enfin s’attirer les lumières qui le snobèrent il y a trente ans. Quoiqu’il en soit, écouter ou réécouter Neu ! en 2001 est toujours une expérience où toutes les fonctions sensorielles sont mises à l’épreuve. Lamento urbain zébré par des échafaudages métalliques, pulsation métronomique qui conduit droit devant et à vive allure vers une espèce de transe industrielle, grouillement de sons électroniques concrets et irréels, voix économes, décharnées et “décharmées”, sensation d’isolation, de tiraillements claustrophobes, de sécheresse affective, de turbulence émotionnelle… Pas étonnant que, par la suite, quelques-unes des musiques les plus violemment “à vif”, de Public Image jusqu’à Radiohead en passant par Joy Division, en soient considérées comme une directe émanation.

Un livre sur le Krautrock




Le voilà enfin, le livre d'Eric Deshayes sur le rock allemand! Si l'auteur du site neosphères (une référence pour les amateurs de musiques) avait malheureusement arrété de mettre à jour ses articles liés au krautrock, c'était pour mieux préparer ses écrits!!!

A paraître, fin avril.

Au-delà du Rock

La vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70
Dans le contexte de l’explosion psychédélique et contestataire de la fin des années 60, en Allemagne de l’Ouest, l’heure est aux expérimentations en tous genres : libération des mœurs, vie communautaire, drogues, découverte des cultures du monde. Pour de nombreux musiciens allemands le moment est venu de se libérer des modèles anglais et américains. Ils piochent allègrement dans tous les courants préexistants, du rock psychédélique au Free Jazz, en passant par les musiques du monde et la musique contemporaine. Certains mettent en avant l’improvisation collective, d’autres se focalisent sur leur pratique instrumentale, y injectant une forte dose d’électricité. Les techniques d’enregistrement se retrouvent elles-mêmes au cœur du processus créatif.

Dans les années 70, ces groupes allemands poussent le rock dans ses derniers retranchements. Sa rythmique binaire est transformée en une cadence hypnotique. Ou, à l’inverse, cette rythmique fondamentale est totalement expurgée de leurs digressions cosmiques. Can, Kraftwerk, Tangerine Dream, Amon Düül, Ash Ra Temple, Faust, et bien d’autres, emmènent leur musique au-delà du rock. Leurs expériences pionnières vont servir de bases à d’autres explorateurs que l’on qualifiera de New Wave, Techno, électronica, ou encore Post-Rock.

Au-delà du rock offre une plongée dans cette phase historique d’expérimentation. L’ouvrage relate le parcours de ces groupes allemands, repérant leurs influences et leur descendance. Il retrace l’itinéraire de quelques personnages clés (producteurs, ingénieurs du son, enseignants). Il présente une vue transversale des principaux labels discographiques qui ont diffusé ces productions hors normes.

Né en 1973 à Vitré, Éric Deshayes vit près de Rennes, d’où il gère le site internet Néosphères, dédié au rock et aux musiques actuelles.
Au-delà du rock : cette inquiétante étrangeté

Ian MacDonald parlait, en décembre 1972, de “la scène rock la plus étrange au monde”. Ces groupes allemands lui paraissent étranges, parce qu’ils s’inscrivent en rupture par rapport aux modèles anglais et américains, mais sans les abandonner complètement. Des éléments sont reconnaissables, mais ces musiciens allemands repoussent le rock psychédélique bien au-delà du rock.

Par l’usage qu’il fait des psychotropes, le rock psychédélique est intimement lié aux sens, à la perception. Les groupes allemands attaquent, de façon plus ou moins consciente, les fondements du rock pour étendre encore l’impact de leur musique sur les sens. Ils s’attaquent au rythme pour déformer la perception du temps. Le rythme est réduit à une cadence erratique, obsessionnelle. Ou, à l’opposé, ce rythme est atténué, vaporisé pour laisser place à des séquences « hors-temps ».

Certains groupes ont placé le rythme au cœur de leur musique, tout particulièrement CAN, Neu! et Kraftwerk. Le terme “motorik”, est d’ailleurs souvent utilisé aujourd’hui pour en parler. CAN s’appuie sur une rythmique métronomique jouée par Jaki Liebezeit à la batterie. Se décompte du temps hypnotique et obsédant est un pivot central pour les expérimentations et improvisations de chacun. Elle assure la cohésion du groupe. Amon Düül et Amon Düül II, à leurs débuts, improvisent collectivement pour mener à une forme de transe, à l’instar de beaucoup de musiques extra-occidentales. Le rythme est alors assuré par des percussions diverses (crécelles, tambourins…), et même par deux batteurs sur l’album Phallus Deï. Pour Kraftwerk, le rythme est l’élément sonore fondamental. Dès leurs premiers albums les séquences percussives tournoyantes servent de canevas pour tisser leurs expérimentations électroniques. Dès les premiers albums de Kraftwerk, Florian Schneider, flûtiste de formation, émet avec son instrument de simples sons qu’il répète comme un leitmotiv. La flûte a une fonction plus rythmique que mélodique. Les différents éléments de leur musique créent un flot sinusoïdal. La perception du temps s’accélère et se ralentit en fonction de l’accélération ou du ralentissement de leur course musicale.

Tangerine Dream, Ash Ra Temple, Klaus Schulze ou encore Popol Vuh vont aussi utiliser cette fonction du rythme. Mais ils vont surtout exceller dans la décomposition de textures sonores, que le rythme soit ou non présent. Le son d’origine synthétique crée des sensations auditives totalement nouvelles. La concentration sur les sons devient l’élément essentiel de leurs productions. Elle rejoint là leur besoin de nouvelles sensations que le rock “traditionnel” ne leur apporte pas. La question n’est en fait même pas pour eux de savoir s’ils font ou non du rock. Elle consiste à les mener ailleurs. On commence alors à parler de leur musique comme d’une musique cosmique, la fameuse Kosmische Musik dont rêve Rolf-Ulrich Kaiser. Cette musique paraît si étrange, si fascinante, qu’elle ne semble même pas terrestre.

Kraftwerk va finalement lier les deux. Ils fabriquent des rythmes très intenses en utilisant des sons synthétiques. Non seulement ces rythmes sont très éloignés des modèles fondamentaux du rock, mais ils sont en outre créés par des instruments non conventionnels. La syncope du rock est là mais elle ne ressemble à rien de familier. La musique de Kraftwerk ne semble même pas humaine. “Homme ou machine ?” questionne Melody Maker en 1975.

Le champ des possibles est à ce moment là fabuleusement élargi par les appareillages électrifiés et électroniques : pédales d’effets, orgues électriques, synthétiseurs. Les studios d’enregistrement ont quant à eux déjà démontrés l’étendue de leurs possibilités. Faust les a explorées à Wümme, puis au Manor Studio de Virgin. CAN est quasiment depuis ses débuts installé de l’Inner Space Studio. Kraftwerk a progressivement développé le studio Kling klang à Düsseldorf. Le rôle des ingénieurs du son Conny Plank et Dieter Dierks paraît immense. Leur maîtrise technique offre bien plus qu’un appui aux recherches sonores des groupes qu’ils enregistrent. Ils participent directement à leur processus créatif.

Au milieu des années 70 les cartes sont redistribuées autours de ces éléments fondamentaux. Le “rock allemand” pouvait être perçu comme une passade, un dernier feu d’artifice psychédélique. Il continue sur sa lancée grâce à ses acquis. Les pionniers allemands de l’électronique vont finalement tenir le haut du pavé à partir de ces années là, tout particulièrement les mélopées cosmiques de Tangerine Dream et Klaus Schulze, les mélodies robotiques de Kraftwerk et, en embuscade, la motorik de Neu!, Cluster et La Düsseldorf.

Parution : 28/04/2007

448 pages
21 x 14,8 cm
23.00 Euros

vendredi, avril 20, 2007

Critique Faust live à Rennes

















Faust à Rennes [Le Jardin Moderne] - mercredi 28 mars 2007

Evidemment voir Faust en 2007 peut laisser perplexe au premier abord puisque de la formation originelle il ne subsiste ce soir-là que Jean-Hervé Peron (basse, guitare et tout ce qui peut lui tomber sous la main) et le géant Zappi Diermaier à la batterie. A noter que le duo s'est également adjoint la présence d'Amaury Cambuzat, accessoirement leader d'Ulan Bator.

Alors où réside l'intérêt de voir Faust en 2007, et qui plus est dans une formation si particulière ?

Hé bien, tout simplement dans le fait que cette légende du Krautrock est encore capable de sacrés moments de bravoure !
Il incombera à Zappi d'ouvrir les hostilités: surplombé d'une large plaque d'aluminium et d'une d'une scie circulaire, le légendaire batteur est toujours aussi impressionnant du haut de ses 2 mètres, et prouve d'entrée de jeu qu'il n'a rien perdu de ses capacités à imposer ses rythmes lancinants et reconnaissables immédiatement parmi tant d'autres. Peron et Cambuzat ne tarderont pas à faire leur entrée sur scène: et nous voilà revenus pour quelques instants 35 ans en arrière. Assisterait-on à un concert réservé aux nostalgiques d'une époque révolue et considérée comme bénie pour certains ? Beaucoup l'ont sans doute crû à voir la conviction de Peron hurlant derrière son micro: "Vous en voulez de la Choucroute ? Alors, en voilà de la Choucroute !", et de balancer un hymne que seul Faust peut être en mesure d'avoir composé; à la fois terriblement planant et doté d'une puissance incroyable. Et à l'instant où l'on se permet de penser que le Krautrock n'a peut-être jamais été aussi vivant, voilà que Peron s'arme de sa tronçonneuse, déchirant impitoyablement l'atmosphère électrique du Jardin Moderne, s'attaquant alors à tronçonner comme il se doit les murs de la salle afin d'y inscrire les quelques mots qu'il ne cesse de crier: "Vas-y ! Droit devant", pendant que Diermaier, lui, ne sera pas en reste muni d'une scie à métaux qu'il plaque sur la scie circulaire placé au-dessus de sa batterie rajoutant encore une bonne dose de décibels dans l'espace sonore avant de s'attaquer à détruire un parpaing à l'aide d'un mini-marteau-piqueur, laissant ainsi à Cambuzat de s'exprimer sa six cordes criardes à souhait.
Voilà donc comment Faust s'acoquine avec l'indus et la noise les plus définitifs !

Peron mettra un terme à tout ça, prétextant que cela est n'importe et qu'il faut maintenant se tourner vers des choses plus importantes. Voilà donc une bonne raison pour lui de sortir sa table à repasser afin de réclamer les t-shirts de quelques membres du public pour repasser leurs fringues. Allons bon ! Et lui, de nous raconter sa thèse selon laquelle "Rund ist schön. Schön ist rund ist shön ist rund", avant de demander au public confirmation: "Ist rund shön ?".
Faust n'a manifestement rien perdu de sa folie au cours des décennies écoulées.

Le reste du concert sera plus "classique"... au sens faustien du terme évidemment ! Mais quel plaisir de redécouvrir ces "The Sad Skinhead", "It's A Rainy Day, Sunshine Girl" ou évidemment "J'ai Mal Aux Dents" (forcément très attendus et peu surprenants du fait de leur présence), retravaillés, triturés et re-triturés encore et encore par des types qui n'ont eu de cesse au fil des années de créer, de sculpter et parfaire leur son et d'appréhender de nouveaux horizons. M'étant arrêté à la première période de Faust (c'est-à-dire aux 71 Minutes), les morceaux originaires des périodes postérieures semblant empreints d'une forte couleur noise et complètement barrée.

En près de 2 heures et demi de concert, durant lesquelles un tailleur de pierre aura pu dévoiler ses talents et un soudeur mettre au point LA main ornant le premier opus de la formation (ici en version métal et grand format), le trio n'aura laissé aucun doute sur sa capacités à produire malgré les années un rock foudroyant dont les racines n'ont peut-être plus de secret pour personne, mais dont les horizons se sont élargis d'une manière étonnante. Alors, si sur la longueur du concert quelques passages n'auront peut-être pas été si fracassants que d'autres, toujours est-il que Peron, Diermaier, et Cambuzat (étonnant de sobriété et d'efficacité !) se seront montrés au meilleur de leur jour !
Je n'attendais plus rien de Faust... Vive Faust !

Rédigé par X_Jpbowersock

(Photo d'Olivier Coiffard)

lundi, avril 16, 2007

Festival Filmer la Musique

Du 5 au 9 Juin va se tenir à Paris, au Point Ephémère, la première manifestation entièrement consacrée à la musique filmée. Au programme: concerts, documentaires musicaux, diffusion de captations, films expérimentaux, tout cela bien entendu lié à la musique et aux diverses manières d'envisager sa mise en images. Passionnant donc!!!

Le live de Faust à Lyon sera diffusé là-bas, la date reste à définir.

Plus d'infos, sur le site de festival ou sur le Myspace.

www.filmerlamusique.com
http://www.myspace.com/filmerlamusique

vendredi, avril 06, 2007

Projections Faust live in Lyon



Nouvelle inespérée!!!
La captation lyonnaise de Faust réalisée en mai 2006 va être projetée durant 2 shows solos de Jean-Hervé Péron et de Zappi Diermaier, tenez-vous bien, à Londres!!! Plus d'infos en cliquant sur le titre de l'article menant au Myspace de Faust.

Et si tout va bien, il devrait également y avoir une projection au Point Ephèmère durant le festival "Filmer la Musique" en juin. Confirmations prochaines...

jeudi, avril 05, 2007

Nouveau teaser "Ist FAUST Schon?"

Un dernier teaser du documentaire faustien est désormais en ligne sur youtube et sur myspace
(http://www.myspace.com/fucktv).

Bonnes visites!!!