Intentions
Ce documentaire ne se veut pas une hagiographie du groupe Faust dont il me semble peu intéressant de souligner les détails, que ce soit pour les fans ou les profanes, mais se présente plutôt comme la captation sans fards des diverses facettes que le groupe peut présenter.
En suivant les pérégrinations du groupe qui cherche tant bien que mal à créer, à exister et à s’exprimer, nous évoquons leurs parcours réciproques. Les évènements passés évoqués durant des entretiens s’imbriquent dans leur parcours actuel et dessinent une cartographie originale de leur attitude artistique.
De multiples scénettes nous dévoilent les personnalités des différents membres actuels du groupe et ce, dans le but de se focaliser non pas sur la musique mais sur leur démarche artistique et la vision absurde et surréaliste qu’ils en ont (une improvisation sur un toit dans leur ancien studio, l’explication du fonctionnement d’une souffleuse à grains, une salle de concert enfumée volontairement,…)
Atypique dans le paysage musical, Faust a toujours eu comme ligne directrice d’aller jusqu’au bout de ses idées, de faire ce que bon lui semble, jusqu’à l’auto destruction. Bien que divers membres fondateurs se soient éparpillés au fur et à mesure des années, Zappi Diermaier et Jean-Hervé Péron sont toujours là, accompagnés d’Amaury Cambuzat qui leur redonne l’énergie nécessaire à leurs 57 printemps passés.
En suivant le trio durant une partie de leur tournée européenne de 2006, nous observons de très près leur méthode de travail, leur approche de la musique, entre improvisations bruitistes et mélodies écrites et leurs relations humaines, entre paternalisme envers Amaury et silences de compréhension avec Zappi.
Les séquences s’enchainent volontairement sans trame narrative précise, dans un souci d’opposition permanente. Faust ayant la particularité de mélanger les genres, les styles, les instruments, il est important de ne jamais proposer une seule image du groupe. Rien n’est figé, tout est toujours en mouvement, prêt à bouger, se modifier. Le bruit devient mélodie, le cri devient murmure, la hache devient archer, etc.
Petit à petit, les scènes se répondent, se complètent et restituent un portrait morcelé et juste du projet Faust. Le puzzle se forme selon la logique de réalisation mais également par le regard du spectateur qui a la possibilité de connecter les scènes à sa guise, tout étant mis en œuvre pour faciliter les glissements (sonores et visuels). Tout cela se rapproche parfaitement des cuts up sonores que le groupe lui-même utilisait dès les années 70.
Le spectateur est ainsi constamment mis à contribution dans le sens où c’est à lui de cerner l’image du groupe qui lui convient. En s’éloignant de la biographie détaillée, on se focalise sur une attitude humaine originale qui dévoile une volonté farouche de s’émanciper de toute contrainte, de tout système (politique, commercial, musical) quitte à en payer le prix.
« Ist FAUST Schön ? »
A vous de voir…
